Divergences franco-allemandes sur la politique monétaire : le problème des Eurobonds

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_____________________Pour vous aider dans vos trades

LE TEMPS PRESSE : Avez-vous répondu à l’APPEL DU 22 JUIN ?

Chute des actions, des obligations, de l’or…
Menace d’éclatement de la zone euro…
Nouvelle donne politique et fiscale en France…

Organisez votre résistance financière !

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Bien. La semaine passée nous avons donc vu les divergences franco-allemandes sur le pacte budgétaire ; hier, je vous ai parlé de ces divergences sur le fonctionnement des institutions monétaires.

Aujourd’hui, nous allons donc voir ce qui bloque sur LE sujet qui fâche : les Eurobonds et la politique monétaire.

Vous vous en doutez : la Zone euro ne fonctionne pas de manière optimale.

Etrange tout de même qu’avec les bataillons d’analystes et d’économistes dont nous disposons, l’on ne s’en aperçoive que maintenant — plus de 13 ans après la création de la zone. Pour être gentil, nous dirons que les plus lucides auront vu les dysfonctionnements et l’impossibilité de coexistence dans la même zone du modèle économique d’Europe du Nord et de celui d’Europe du Sud vers 2008-2009.

  • les pays du nord ne font qu’accroître leurs excédents extérieurs mais ne les réinvestissent plus pour financer les déficits externes des pays du sud.
  • les pays du sud accroissent leurs déficits (sauf s’ils mettent en place des politiques d’austérité et de compression de la demande intérieure difficilement soutenables politiquement et socialement) et peinent à les refinancer normalement.

Le système tient artificiellement avec un rôle inédit dévolu à la banque centrale.

Celle-ci doit monétiser la dette des Etats dont le déficit budgétaire n’est plus finançable sur les marchés : la Grèce depuis longtemps ; Irlande et Portugal marginalement ; Italie et Espagne surtout. Sauf que les programmes d’achat de dettes publiques périphériques par la BCE sont quasiment gelés depuis le début de l’année.

Celle-ci a mis aussi en place des LTRO (1 000 milliards d’euros en deux appels d’offres) qui auront permis de financer indirectement les déficits externes des pays du Sud (donc la partie de l’endettement provenant des déficits commerciaux). Je vous renvoie à ce précédent article pour tout savoir des plans de sauvetages grecs et autres LTRO.

Mais puisque a priori on ne doit pas compter (et c’est mieux ainsi) sur un troisième LTRO, que reste-t-il comme solution “radicale” immédiate ?

Pour beaucoup, la solution miraculeuse serait la mise en place de ce fameux fédéralisme fiscal, donc d’une union budgétaire de type fédéral avec transferts systématiques des pays excédentaires du nord vers les pays déficitaires du sud. Auquel cas l’hétérogénéité des économies ne serait plus un problème.

La Zone euro prise dans sa globalité étant solvable, une agence européenne en charge des émissions pour les besoins de refinancement de l’ensemble des pays de la zone serait créée, pour remplacer les 17 émetteurs nationaux. Cela permettrait de mettre un terme à la spéculation déstabilisante sur certaines dettes nationales. Oui, c’est indéniablement un bon point vu sous cet angle.

C’est ce que la France de Sarkozy préconisait et c’est ce que la France de Hollande préconisera encore plus avec la généralisation de programmes d’émissions d’Eurobonds.

Pourtant, cette solution n’est pas très bien accueillie en Allemagne — c’est le moins que l’on puisse dire. En effet, cette mutualisation des dettes nationales de la Zone euro aurait un double désavantage si le modèle de vertu budgétaire allemande n’était pas imposé à tous.

  • Risques de renchérissement des conditions de refinancement en Allemagne avec des taux d’émission sur les Eurobonds proches de la “moyenne” des rendements moyens des obligations d’état nationales. Je vous rappelle que l’Allemagne a émit une dette à deux ans à 0%.
  • La prime de risque exigée sur les Eurobonds (de qualité de crédit plus faible que les Bunds allemands actuels) par des investisseurs internationaux nécessitera un ajustement significatif à la baisse de la l’euro. Cette forte chute de la monnaie fait toujours craindre, à tort ou à raison, des risques de forte inflation importée.

En tout cas, il faudra avancer et clarifier ce que l’on entend par Eurobonds.

  • S’agira-t-il de mutualiser sauvagement les dettes publiques nationales existantes et de les transformer en un super Bund européen ? Si tel était le cas, on peut s’attendre à ce que l’Allemagne s’y oppose viscéralement quitte à mettre dans la balance son appartenance à la Zone euro.
  • Ou bien s’agira-t-il de créer des obligations nouvelles destinées à financer des projets à forte valeur ajoutée pour l’ensemble de la zone ? Les Eurobonds se confondraient alors avec des Project-bonds BEI. Auquel cas, l’Allemagne peut finir par y souscrire car il s’agirait alors d’une mutualisation par le haut ne menaçant pas la monnaie, ne dispensant pas les pays de la zone des efforts incontournables de rigueur budgétaire.

Beaux débats en perspective et volatilité assurée sur les marchés de taux et le marché des changes.

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Mory Doré

Il est professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d'intérêt ; trésorier et responsable de l'allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière. Aujourd'hui responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste. Durant ces 10 dernières années, interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, comité d'audit et comité d'Entreprise.

Il possède un diplôme de statisticien économiste  de l'école nationale de la Statistique et de L'Administration économique ainsi qu'une maîtrise d'économétrie de l'Université de Bourgogne (Dijon).

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