Qu’est-ce qu’un risque en finance ?

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En tant qu’investisseur particulier, vous avez votre propre vision pratique du risque : “c’est ma probabilité de tout perdre.”

Mais il est important de comprendre ce que recouvre la vision des professionnels, différente et plus technique. Voici tout ce que votre conseiller financier ne vous expliquera jamais sur le calcul du risque.

La volatilité comme mesure du risque : un premier postulat erroné
Les financiers assimilent le risque à la volatilité d’un actif financier. Dit autrement, c’est la dispersion du rendement d’un actif d’un portefeuille autour de sa valeur moyenne. Si la valeur de l’actif s’écarte trop de sa moyenne (en baissant), l’investisseur risque de subir des pertes.

Pour évaluer la volatilité historique d’un actif financier, on calcule un écart-type d’une série de prix ou de rendements. Un écart-type est une moyenne quadratique des écarts par rapport à la moyenne. N’ayez pas peur si vous butez sur cette phrase. Disons simplement que c’est une façon de calculer la dispersion autour de la moyenne.

L’écart-type est symétrique par rapport à la moyenne et mesure aussi bien le gain que la perte possible.

Le risque/rendement : une autre mesure relative qui découle de ce postulat
Une autre façon de mesurer le risque d’un actif est de pouvoir comparer celui-ci à son rendement.

Les actifs financiers (actions, obligations…) et les portefeuilles ont des volatilités et des rendements différents.

A niveaux de risques équivalents, les actifs/portefeuilles peuvent procurer des rendements sensiblement différents. Il est donc utile de comparer les rendements ajustés au risque.

Le ratio de Sharpe permet d’effectuer cette comparaison :

Ratio de Sharpe = (rendement de l’actif – taux à court terme sans risque)/volatilité de l’actif

Le taux à court terme sans risque est le taux monétaire type Eonia ou Fed Funds, voire le rendement des bons du Trésor à trois mois, par exemple (type BTF en France ou Treasury Bills aux Etats-Unis).

Avec ces deux outils – ratio de Sharpe et écart type –, les professionnels comparent le rapport rendement/risque des actifs et optimisent la gestion de portefeuilles financiers.

Les autres types de risque selon votre actif

  • Portefeuille obligataire : la sensibilité
    Oui, vous ne le saviez peut-être pas, mais une obligation a une sensibilité. Il s’agit de la variation de son prix à la suite d’une variation des taux d’intérêt. Cette sensibilité peut elle-même évoluer. La variation de la sensibilité à la suite d’une variation des taux d’intérêt est appelée convexité.
  • Portefeuille actions : le bêta
    Le risque d’un portefeuille actions se caractérise par le bêta,
    qui est la variation du prix d’un titre à la suite d’une variation de l’indice.
  • Options : delta, gamma, véga
    Une option est un produit dérivé (Romain delacrétaz vous a expliqué leur fonctionnement) qui s’appuie sur un sous-jacent : action, obligation, contrat à terme… Ces lettres grecques désignent respectivement la variation du prix de ces instruments à la suite d’une variation du sous-jacent de l’option, du delta du sous-jacent et de la volatilité du sous-jacent.

Cette approche mathématique présente deux inconvénients majeurs :

  • on ne peut pas agréger les risques des différents produits ;
  • on ne peut pas estimer la perte potentielle de l’investisseur en euro dans un laps de temps donné (un jour, un mois, un an).

Le risque dans le temps
Pour tenter de pallier ces insuffisances, le concept de value at risk (VAR) a été créé. L’objectif de la VAR est de pouvoir résumer en un seul nombre l’ensemble des pertes que peut subir un portefeuille donné en agrégeant toutes ses positions. Cette mesure est une quantification, dans un intervalle de confiance donné (en pratique, 95 ou 99%), de la perte potentielle du portefeuille considéré au cours d’une période donnée (en pratique, un ou dix jours).

Hélas, la VAR est très imprécise sur un certain nombre d’opérations complexes dont la valeur de marché ne fait pas l’objet d’une actualisation régulière. Les calculs de VAR sont également difficiles à interpréter en cas de variation importante du portefeuille :

  • les calculs de VAR sont inopérants en dehors de l’intervalle de confiance ;
  • l’actualisation de données nécessaires sur les écarts types mais, surtout, les corrélations entre actifs financiers sont extrêmement lourdes. En général, on limite la mise à jour de ces inputs, ce qui peut avoir pour effet de sous-estimer la mesure du risque.

De la VAR au cygne noir
Les calculs de VAR ne permettent pas d’approximer les pertes du portefeuille dans les scénarios de crise que nous avons connus ces dernières années. Pour deux raisons essentielles :

  • les instruments financiers sont considérés comme parfaitement liquides et parfaitement modélisés par les indicateurs de marché ;
  • surtout, l’hypothèse statistique de normalité des distributions de prix et de rendements est trop forte. Les risques d’occurrence des événements en dehors de l’intervalle de confiance sont dramatiquement sous-évalués. C’est exactement ce que démontre Nouriel Roubini dans son Cygne noir.

La pensée unique qui sévit sur les marchés a fait triompher les modèles de value at risk assis sur la loi normale de distribution, dite Gauss-Laplace. Et ce, en dépit des avancées mathématiques de modélisation des risques.

Que faire alors ?
Vous devez essayer de mieux comprendre les marchés et les raisons des ventes.

Je lisais récemment dans une revue que, pour être un bon professionnel des marchés dans la recherche, le trading et la structuration, il fallait être tout à la fois un bon mathématicien, un bon physicien et un bon informaticien. Peut-être… mais ceci ne dispense pas d’approfondir ses connaissances dans le domaine de la finance comportementale.

Car une chose est sûre : il ne sera jamais possible de modéliser la peur, le mimétisme et encore moins l’effet des contraintes réglementaires, prudentielles et comptables sur les comportements des investisseurs.

Combien de fois m’a-t-on demandé pourquoi tel actif financier voyait son prix chuter violemment alors même que les fondamentaux de cet actif étaient parfaitement sains ? J’ai répondu que les crises et périodes de stress sur les marchés étaient souvent accompagnées de ventes forcées, indépendamment des fondamentaux des actifs.

En voici un exemple : j’ai en portefeuille un actif A devenu pourri et illiquide, or j’ai besoin de liquidités pour des raisons diverses et variées (respect de ratios réglementaires, anticipations de demandes de cash de la part de clients…) ; je vais donc être forcé de vendre mon actif B plutôt sain fondamentalement voire mon actif C encore plus sain.

Vous ne pouvez pas comprendre l’histoire récente des crises des marchés financiers (1998-2011) si vous n’intégrez pas cette dynamique de la contagion entre actifs financiers et de ventes forcées pour des raisons commerciales, prudentielles, réglementaires ou comptables. C’est malheureux, mais c’est ainsi ; au travail !

_______________________________Pour vous aider dans vos trades________________________________

NDLR : faites vite, la prochaine dead line est le 1er août.

Mory Doré a préparé avec Simone Wapler un dossier consacré aux DEUX risques de marchés principaux : la Grèce et le risque de dégradation de la note américaine.

Vous devez absolument empêcher votre portefeuille de se faire laminer en cas de krach. Pour cela, Mory Doré et Simone Wapler vous proposent DEUX moyens de vous couvrir.

Pour découvrir comment vous protéger, continuez votre lecture…

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Mory Doré

Il est professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d'intérêt ; trésorier et responsable de l'allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière. Aujourd'hui responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste. Durant ces 10 dernières années, interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, comité d'audit et comité d'Entreprise.

Il possède un diplôme de statisticien économiste de l'école nationale de la Statistique et de L'Administration économique ainsi qu'une maîtrise d'économétrie de l'Université de Bourgogne (Dijon).

2 Commentaires
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  1. choukroun sur 17 oct 2011 à 11:30

    Le cygne noir n’a pas ete ecrit par ROUBINI, mais par Nassim Nicholas TALEB, un ancien trader reconverti dans l’ analyse des crises majeures
    Claude CHOUKROUN

    • Nathalie Boneil sur 18 oct 2011 à 10:31

      Oups, en effet, vous avez entièrement raison ;
      mille excuses pour cette erreur.

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