Le CAC40 à 4 000 points ? Le scénario de la reprise en V est une imposture économique

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Pour opérer de façon optimale sur les marchés à terme, il faut beaucoup de capitaux, et c’est précisément ce dont les banques manquaient cruellement depuis l’automne dernier. Nous pensions alors que l’argent du contribuable injecté en masse dans le système bancaire était destiné, comme cela avait été annoncé, à éviter une nouvelle “crise de 29″ et à soutenir le redressement de l’économie réelle.

 Or nous le constatons aujourd’hui : le crédit aux particuliers et aux entreprises s’effondre de 10% en rythme annuel (drôle de reprise de ce point de vue, c’est même une grande première) tandis que les liquidités vont en masse s’investir dans les activités de marché les plus spéculatives comme ces fameux “dérivés” — très précisément ce que le G20 s’était juré d’interdire.

Dopé par tant de moteurs de hausse artificielle, les cours de Bourse n’ont guère plus de signification économique aujourd’hui que la cote d’une toile de Salvador Dali, d’un Francis Bacon ou d’un Andy Warhol : une action vaut ce que certains très influents opérateurs acceptent de payer. Et ils misent cyniquement sur le fait que le marché comporte 80% de suiveurs structurels (gérants indiciels) qui n’ont d’autre choix qu’alimenter la hausse des cours en réduisant leur exposition sur les produits sécuritaires afin de répliquer la performance globale des indices.

Tous les mécanismes de la formation d’une bulle sont de nouveau en place depuis le milieu de l’été. Le pouvoir d’influencer les cours est concentré entre les mains d’un nombre d’acteurs de premier plan qui n’a jamais été aussi réduit depuis la disparition des banques d’affaires. Je vous rappelle que seul Goldman Sachs est ressorti totalement indemne (et toute puissante) du krach de septembre/octobre 2008 par la magie des décisions pour le moins partiales de son ex-P.D-G, Henry Paulson).

Nous ne sommes pas naïfs. Le trait psychologique dominant des milieux financiers est de faire de l’argent tout de suite avant de faire un examen critique de la conjoncture et des perspectives à moyen terme.

Mais aujourd’hui, une des maximes les mieux mises en pratique est qu’un mensonge répété 100 fois devient une vérité. Le scénario de la reprise en V est une imposture économique et intellectuelle ; prétendre que le marché parisien n’est pas cher même au-delà des 3 300 points est spécieux car se sentiment ne repose que sur l’anticipation d’une croissance de 30% des profits en 2010 et 2011.

Si la prévision se réalise, le CAC40 peut effective “se payer” 3 800 voire 4 000 points… et en supposant qu’un PER de 18 soit conforme à la moyenne historique. (Or la norme est plus proche de 13 fois).

Mais si les profits ne sont pas au rendez-vous (ou augmentent de 10% seulement en rythme annuel, ce qui est déjà honorable)… si l’idée qu’une reprise molle n’a jamais justifié de ne pas payer le marché plus de 15 fois les EPS (earning per share) s’impose, alors le CAC40 ne vaut effectivement pas plus que 3 250 points. Nous attendons que des éléments concrets permettent aux optimistes opportunistes de nous démentir.

Leur attitude ressemble le plus souvent à ceci. Puisqu’on gagne de l’argent sans rien faire en suivant quelques gros bras qui pilotent la tendance grâce à leurs trading programs… feignons d’avoir l’air de croire que cela repose sur autre chose que de la pure spéculation. 

 

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Philippe Béchade

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la 'voix' de l'actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l'un des tout premiers 'traders' mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

2 Commentaires
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  1. Bonjour.
    Il ne fait à mes yeux aucun doute non plus que les “trading programs” provoquent la hausse, et/ou limitent les baisses.
    Cela amène deux questions :
    1) Jusqu’où cela peut monter ? Tant que les contribuables paient ?
    2) N’y aura-t’il plus jamais de forte baisse ou de krach boursier, avec ce système ?

  2. Merci de corriger “Votre commentaire est en attenté de modération” par “Votre commentaire est en attente de modération.”

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